Science qui démange!

Vendredi 1 août 2008
Dans un cours de chimie :

Docteur K. : - Un bon exemple d'application est le cas du nettoyage des eaux usées. Il arrive que les eaux usées contiennent une certaine quantité de substances indésirables. Le phénol, par exemple... Dans ce cas, il faut décontaminer l'eau en la séparant du phénol. Comme le phénol est une substance à haut point d'ébullition, il n'est pas très judicieux d'utiliser la distillation. On utilise plutôt l'extraction liquide-liquide. Je vous explique: on introduit dans le système eau/phénol un tiers solvant. Généralement, la méthyl isobutyl cétone. Comme le phénol a plus d'affinités avec ce nouveau solvant qu'avec l'eau, il quitte l'eau et part dans la méthyl isobutyl cétone. Et l'eau est nettoyée! Vous comprenez?

Petite brune au premier rang: - Non, pas vraiment...

Docteur K. : - Attends, je vais t'expliquer ça autrement. Imagine que tu sors heu... avec Woody Allen, tiens. C'est ça: tu es en couple avec Woody Allen. Mais là, Brad Pitt arrive. Brad Pitt est plus beau, plus jeune, plus bronzé, il porte un meilleur parfum... Bref, tu as plus d'affinités avec Brad qu'avec Woody. Qu'est-ce que tu fais?

Petite brune: - Je plaque Woody Allen et je pars avec Brad Pitt?

Docteur K. : - Ben voilà! L'extraction liquide-liquide, c'est ça: partir avec Brad Pitt!

Comme quoi, en sciences, c'est important de savoir vulgariser...
Par Docteur K.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 5 décembre 2007
Cela faisait un moment que je voulais me fendre d'un post sur les polymères oxo-dégradables, mais c'est en me faisant refourguer - à la très grano fruiterie Roger! - un "NatureSac" que j'ai finalement pris ma décision. Il faut dire qu'avec toute cette neige, j'avais oublié d'apporter mon sac de toile...

Le ''NatureSac'' disait:
''Votre magasin se soucie de l'environnement en vous fournissant ce sac écologique fragmentable 100% biodégradable et non polluant.''
Et un peu plus bas:
''Ce sac en polyéthylène additivé se dégrade dans les 12 mois environ selon les conditions d'exposition''.
Et encore plus bas:
''HDPE''.

Pour l'amour du Ciel, Roger! Que Métro Chèvrefils distribue à tout-va ses sacs en polyéthylène oxodégradables, passe encore! Mais, toi, Roger???

Alors si vous le voulez bien, repartons à zéro. Ça veut dire quoi: biodégradable, fragmentable, oxodégradable? Comme je suis trop lâche pour rédiger moi-même ces définitions, j'ai été vous trouver ça sur le site de Luc Avérous:

Biodégradable:
(Définition admise par les normes européennes)
Un polymère est dit biodégradable si:
- Sous l'action de micro-organimes et en présence d'oxygène, il se décompose en dioxyde de carbone (CO2), eau et sels minéraux et biomasse.
- Sous l'action de micro-organimes et en l'absence d'oxygène, il se décompose en dioxyde de carbone (CO2), méthane, eau et sels minéraux et biomasse.
Il faut savoir que peu de polymères sont naturellement biodégradables: les seuls polymères biodégradables sont ceux directement issus de la biomasse (polysaccharides, protéines, etc.) et les polyesters biodégradables - issus de ressources renouvelables ou non - comme le polylactide (PLA).

Fragmentable:
Un composé chimique est dit fragmentable lorsqu'il se fragmente lors de sa dégradation. Lorsque les fragments produits sont suffisamment petits, le composé devient invisible à l'oeil nu (disparition visuelle).

Bio-fragmentable:

Les polymères dit bio-fragmentables sont des polymères synthétiques contenant des additifs (végétaux ou minéraux). La fin de vie de ces matériaux se traduit par une biodégradation de l'additif, et par une fragmentation du polymère synthétique pouvant conduire à sa disparition visuelle.

Oxo-fragmentable:
Les polymères dit oxo-fragmentables ou oxo-dégradables (ou encore, appellation  abusive: oxo-biodégradables!) sont des polymères synthétiques contenant des additifs (agents oxydants) qui permettent d'accélérer la fragmentation du matériau, conduisant à sa disparition visuelle.

Comme le souligne Luc Avérous, les polymères bio-fragmentables et les polymères oxo-fragmentables sont en réalité peu biodégradables. Dans les faits, le polymère se fragmente, conduisant à la disparition visuelle du matériau. Cependant, les fragments issus de la décomposition du matériau sont toujours présents, même s'ils sont invisibles à l'oeil nu. Le hic, c'est qu'à l'heure actuelle, personne ne connaît les effets de l'accumulation de ces fragments (oligomères) dans les sols. Par exemple, est-ce que ces fragments pourraient s'infiltrer dans les nappes phréatiques...?

Le bon vieux sac de polyéthylène met certes plusieurs centaines d'années à se dégrader. Cependant, il ne produit pas d'oligomères potentiellement dangereux pour l'environnment. De plus, l'auto-disparition des sacs fragmentables (encore un coup de Harry Potter!) peut encourager le risque d'abandon, puisque la pollution résultante ne se voit pas. Alors moi, pour le moment, je dis non...

Et puis, ça me met en rogne quand je découvre que mes trois zucchinis achetés chez Roger sont soigneusement emballés dans une barquette de styromousse ''OxoBio''! Et puis quoi encore???
Par Docteur K.
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Dimanche 21 octobre 2007

PNC2007.JPG

La semaine passée, le 4ème colloque Polymer Nanocomposites se tenait à Boucherville. Ce colloque a lieu tous les 2 ans depuis 2001. Il rassemble sur 2 journées des présentations sur le thème des matériaux renforcés à l’aide de nanoparticules : silicates (lamellaires ou non), nanotubes et nanofibres (de carbone ou non).
 
Au programme, 35 communications, dont 3 ‘keynote lectures’ :
  • Two-Decade Review of Polymer-Clay Nanocomposites, Dr. Okada, Toyota Central R&D Labs[1] (Japan)
  • Carbon Nanotube Polymer Nanocomposites for Multifunctional and Structural Aerospace Applications, Dr. Park, National Institute of Aerospace (USA),
  • Polymer Nanocomposites: Prospects and Challenges, Prof. R. Mullhaupt, Albert-Ludwigs University, Freiburg (Germany)
 
La présentation du Prof. Müllhaupt a particulièrement retenu mon attention. ‘Chemists believe in chemistry, engineers believe in machines’, a-t-il dit. Et lui, c’est un chimiste. Alors forcément, il nous a montré, à nous ingénieurs en génie mécanique ou en génie chimique, des manières de faire ce que nous ne savons pas faire en utilisant les matériaux de façon plus intelligente.
 
Car en fin de compte, dans le domaine des nanocomposites, nous avons atteint une limite. Nous connaissons le potentiel des nanocharges que nous utilisons, mais n’arrivons pas nécessairement à l’exploiter. Faute de ne pas savoir / pouvoir répartir les charges à un niveau réellement nanométrique. Faute aussi de ne pas toujours connaître et optimiser les interactions charge / matrice. Au cours des 10 dernières années, nous avons ‘déblayé’ le terrain, testé différentes formulations, différents procédés, qui fonctionnent ou ne fonctionnent pas, nous ne savons pas toujours pourquoi. Aujourd’hui, nous devons retourner nous asseoir et réfléchir. Il nous faut comprendre, afin de dépasser le stade du : ‘j’ai des nanoparticules – je les mélange dans à peu près n’importe quoi – je regarde ce que ça donne’. Il y a encore beaucoup d’incompréhensions que nous devons lever si nous voulons être capable de formuler véritablement ces matériaux à haute valeur ajoutée.
 
Alors hop ! Pas de temps à perdre : au travail !


[1] Oui : il s’agit bien du laboratoire  qui a mis au point le premier nanocomposite nylon / silicates lamellaires!
Par Docteur K.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 25 août 2007

Les vacances approchent, et je sens poindre la question habituelle:

- Hé heu... Sur quoi il porte ton doctorat, déjà?
- Ben heu...


Pas toujours facile de vulgariser. Alors, je m'y prends un peu d'avance. Histoire de vous donner quelques pistes pour nos prochaines discussions!...

Mon doctorat porte sur l’élaboration de nanocomposites à matrice polymère, c’est-à-dire de matières plastiques renforcées à l’aide de particules nanométriques (1 nanomètre = 1 milliardième de mètre!). Pour vous donner un ordre d'idée, l'épaisseur d'un cheveu est de l'ordre de 100 000 nanomètres. On touche donc à l'infiniment petit! Dans le cadre de mon projet, j’ai choisi d’utiliser comme matrice le polyéthylène (un plastique que vous connaissez bien, car il sert notamment à fabriquer les sacs d’emballage!), et comme renforts des nanoparticules d’argile (mon argile porte d’ailleurs un nom assez barbare : la montmorillonite!).

Très bien me direz-vous… Quel est l’intérêt de mettre de l’argile dans un polymère? C’est très simple : la montmorillonite est une argile naturelle (donc, bon marché!), constituée de feuillets de longueur 100-300 nm et d’épaisseur 1nm. À l’état naturel, ces feuillets sont agglomérés entre eux sous forme de particules micrométriques (1 micron = 1 millionième de mètre!). Dans certains polymères, comme le nylon (celui des bas…), il est possible de délaminer totalement ces feuillets, c'est-à-dire de tous les séparer  individuellement. On obtient alors des structures dites exfoliées, qui présentent des propriétés remarquables, résultant en une valorisation du matériau à coût modéré.

Et alors? Si tout cela est si simple, pourquoi passer 4 ans à faire un doctorat là-dessus, hein? Parce que dans le polyéthylène, les feuillets de montmorillonite ont tendance à rester agglomérés entre eux, et il n’est pas facile de les disperser: la montmorillonite n'aime pas le polyéthylène!!! Il faut donc optimiser la formulation afin d’améliorer les affinités entre le renfort et la matrice, et utiliser des équipements de mise en forme efficaces afin de briser les agglomérats. Et tout ça, c’est mon boulot!

Pour vous donner une petite idée de ce dont à l’air un nanocomposite polyéthylène / montmorillonite, voici quelques photos prises au microscope électronique à transmission. À gauche, une formulation mal dispersée obtenue au début de mon doctorat : les feuillets d’argile (en noir) sont empilés les uns sur les autres et forment des aggrégats. À droite, une formulation exfoliée : les feuillets d’argile sont maintenant uniformément répartis dans le polymère! (hum… entre les deux photos, compter quelques mois de travail!).

microcomposite.JPG nanocomposite.JPG

















      Formulation de type ''micro''.                    Formulation de type ''nano''.


Et puis, à part le fait que c’est joli? Hé bien, la formulation de droite a une perméabilité à l’oxygène 2 fois plus faible que le polyéthylène pur (très important pour les applications d’emballage alimentaire, par exemple!), et ses  propriétés mécaniques sont 2 fois plus importantes. Ça valait la peine de bosser un peu, non?


Well. Too much science makes a girl boring… Je m’en vais donc regarder quelques épisodes de Nip/Tuck et admirer le beau Docteur Troy!  Bye!

Par Docteur K.
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Vendredi 10 août 2007
La nuit des Perséïdes est une pluie d'étoiles filantes qui a lieu chaque année, approximativement entre le 10 et le 12 août. Donc, en ce moment! Les étoiles filantes sont issues de la rencontre entre la Terre et les poussières constituant la queue d'une comète. Dans le cas des Perséïdes, la comète en question est Swift-Tuttle.

À Montréal, qui vit jour et nuit, il n'est pas toujours évident d'observer les étoiles filantes en raison de la pollution lumineuse. En revanche, dans les laboratoires, on peut parfois apercevoir de curieuses étoiles... Voici des cristaux de polyéthylène téréphtalate (le plastique qui est utilisé pour la fabrication des bouteilles et des vêtements en laine polaire!) ayant grandi à partir de l'état fondu. Ça vaut bien une pluie de Perséïdes, non?

CristauxPET.JPG

Sphérolites de PET observées entre polariseurs croisés (cristallisation isotherme à 225ºC pendant 30 minutes).
Par Docteur K.
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Publicité

Présentation

Profil

  • : Docteur K.

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Créer un Blog

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus