Lundi 31 mars 2008
J. est un grand gars timide un peu bourru. Il est fils de paysans, mais il n'aime pas en parler. Étonnamment, après quelques bières, il en
parle à tout le monde, et raconte avec force de détails l'élevage de porcs familial. Il est arrivé ici il y a quatre ans. Pendant ces quatre années, il n'a jamais voulu retourner au pays, prenant
l'avion à de rares occasions: la naissance de sa nièce, la mort de sa grand-mère. ''Les vacances, ça m'emmerde...'', lâchait-il.
La semaine dernière, J. est parti faire un road-trip aux US, avec un de ses amis camionneurs. Il a passé six jours sur la route: Québec - Caroline du Sud. Il nous avait prévenus: ''Quand je reviendrai, il va se passer quelquechose...''. On a tous spéculé. Émis des hypothèses. Quelquechose. Quoi? Il allait se faire couper les cheveux? Il allait prendre une jobbe de camionneur à temps plein?
J. est revenu dimanche. Hier, au repas de midi, il nous a balancé ça, comme ça: ''J'ai pris mon billet d'avion. Je rentre en France demain.''. On s'est tous regardés, estomaqués. On a continué notre repas en silence. Le départ de J., c'était quelquechose, effectivement! En après-midi, J. est venu me dire au revoir. Il m'a prise dans ses bras, un peu gauchement: J., c'est un grand corps raide maladroit. ''On va se revoir bientôt'', je lui dis. La phrase typique. Depuis 10 ans que j'habite ici, je les vois tous partir, à tour de rôle. Je leur dis tous ça, ''on va se revoir'', mais on ne se revoit quasiment jamais. Ou alors, si longtemps après... Au début, je pleurais à chaque départ. Maintenant, j'en ai pris l'habitude. Mais à chaque fois, je ressens toujours la même amertume.
En rentrant chez moi, je me suis interrogée. Et moi, qu'est-ce qui me retient ici? Avant, il y avait Loulou, mais maintenant? Bien sûr, j'ai des des amis, dont plusieurs auxquels je suis profondément attachée. Mais ma famille me manque, mes amis de l'autre continent me manquent (que ne donnerais-je pas parfois pour un souper un samedi soir avec Clo., S. et C.? pour un téléfilm et un paquet de chips avec D.? pour une partie de billard avec Jim et D.?). Par-dessus tout, les hivers me paraissent de plus en plus longs...
J'allume mon ordinateur. R., mon agent immobilier, m'a envoyé plusieurs annonces. En bon agent, il insiste encore une fois: ''Compte tenu de l'état du marché immobilier, l'investissement ne vaut la peine que si vous conservez la propriété plus de 3 ans.''. La phrase m'a perturbée. Jusqu'à présent, je n'avais jamais vraiment pensé à partir. Ou plutôt, je n'y avais jamais pensé sérieusement. Pour moi, tout coulait de source: ma vie était désormais ici.
Oui mais voilà... La fin de mon couple, la fin de ma thèse, le départ de J., et bientôt, le départ programmé de C., ont tout remis en question. Et si moi aussi, un jour, je m'en retournais? Ce n'est pas pour tout de suite, bien sûr, mais oui, je commence à y penser...
La semaine dernière, J. est parti faire un road-trip aux US, avec un de ses amis camionneurs. Il a passé six jours sur la route: Québec - Caroline du Sud. Il nous avait prévenus: ''Quand je reviendrai, il va se passer quelquechose...''. On a tous spéculé. Émis des hypothèses. Quelquechose. Quoi? Il allait se faire couper les cheveux? Il allait prendre une jobbe de camionneur à temps plein?
J. est revenu dimanche. Hier, au repas de midi, il nous a balancé ça, comme ça: ''J'ai pris mon billet d'avion. Je rentre en France demain.''. On s'est tous regardés, estomaqués. On a continué notre repas en silence. Le départ de J., c'était quelquechose, effectivement! En après-midi, J. est venu me dire au revoir. Il m'a prise dans ses bras, un peu gauchement: J., c'est un grand corps raide maladroit. ''On va se revoir bientôt'', je lui dis. La phrase typique. Depuis 10 ans que j'habite ici, je les vois tous partir, à tour de rôle. Je leur dis tous ça, ''on va se revoir'', mais on ne se revoit quasiment jamais. Ou alors, si longtemps après... Au début, je pleurais à chaque départ. Maintenant, j'en ai pris l'habitude. Mais à chaque fois, je ressens toujours la même amertume.
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En rentrant chez moi, je me suis interrogée. Et moi, qu'est-ce qui me retient ici? Avant, il y avait Loulou, mais maintenant? Bien sûr, j'ai des des amis, dont plusieurs auxquels je suis profondément attachée. Mais ma famille me manque, mes amis de l'autre continent me manquent (que ne donnerais-je pas parfois pour un souper un samedi soir avec Clo., S. et C.? pour un téléfilm et un paquet de chips avec D.? pour une partie de billard avec Jim et D.?). Par-dessus tout, les hivers me paraissent de plus en plus longs...
J'allume mon ordinateur. R., mon agent immobilier, m'a envoyé plusieurs annonces. En bon agent, il insiste encore une fois: ''Compte tenu de l'état du marché immobilier, l'investissement ne vaut la peine que si vous conservez la propriété plus de 3 ans.''. La phrase m'a perturbée. Jusqu'à présent, je n'avais jamais vraiment pensé à partir. Ou plutôt, je n'y avais jamais pensé sérieusement. Pour moi, tout coulait de source: ma vie était désormais ici.
Oui mais voilà... La fin de mon couple, la fin de ma thèse, le départ de J., et bientôt, le départ programmé de C., ont tout remis en question. Et si moi aussi, un jour, je m'en retournais? Ce n'est pas pour tout de suite, bien sûr, mais oui, je commence à y penser...
par Docteur K.
publié dans :
Tout et pas grand chose!
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